Samedi 31 Juillet 2004, 37 SA + 1 jour. Je passe l'après midi chez mes parents. Je dis à ma mère que j'en ai marre, que justement dès que j'ai le droit d'arrêter le traitement et de me bouger, je n'ai pratiquement plus aucune contraction. Je lui dis aussi que je ne m'attends pas à perdre les eaux. Je suis persuadée que je vais aller jusqu'au terme (28 août), elle me dit que non. Elle ne croyait pas si bien dire. Soirée télé tranquille avec mon homme, lui regarde le foot, je me lasse et pars regarder la TV dans mon lit. Je me lève plusieurs fois pour aller aux toilettes, j'ai une pression bizarre en bas du ventre.
Nous sommes aux alentours de 22h15. Je me lève une fois de plus dans le but d'aller aux toilettes. A peine debout, je sens quelque chose éclater à l'intérieur. Rien ne coule. Je retire le bas de pyjama pour vérifier tout de même et là… splash ! Une marre de liquide transparent se répand par terre, sur le lino de la chambre. Oups, je perds les eaux. J'appelle mon chéri plusieurs fois, il ne répond pas, il entend rien avec ce match de foot !! Bon je me débrouille seule pour aller chercher une serviette dans la salle de bain et éponger. Tout se bouscule dans ma tête : ça y est, je vais accoucher, j'ai peur, je suis excitée, je suis contente, je me dis qu'il faut prendre les valises… c'est bon j'ai rien oublié dans les valises ? Je crois pas, toute façon plus le temps de vérifier. Au moment où j'étais en train de me perdre dans mes pensées je me dis « mince, Alex n'est toujours pas au courant » (je précise qu'il ne s'est passé qu'à peine 20 secondes depuis la perte des eaux, mais ça parait une éternité avec toutes les pensées qui m'ont traversées).
Bon, je crie « Alexaaaaaaandre !! ». Ah il répond ! Il me demande ce que je veux, je lui réponds « tu voulais voir ta fille ? parce que là, je viens de perdre les eaux ». Oui j'avoue, j'y suis pas allée par quatre chemins, il a été assez choqué le pauvre lui qui était tranquillement devant son match. Je lis la panique sur son visage. Il part quelques secondes à l'autre bout de l'appart puis revient aussitôt avec toutes les valises à la main. « On y va » qu'il me dit ! Attends, je suis pas prête, je suis pas habillée. Il me presse. Non non attends encore, j'appelle mes parents pour leur dire qu'on passe chercher leur appareil photo numérique.
On y va enfin, et là dans la voiture, l'angoisse et l'excitation reviennent. Je suis morte de rire pour me détendre, faut dire que c'était comique d'avoir une tonne de coton entre les jambes et une serviette de bain sur le siège de la voiture ! Détour rapide chez mes parents, ma mère et ma sœur toutes aussi excitées que moi, tout le monde me souhaite bon courage, c'est parti, cette fois, direction la clinique !
Une fois sur place, je me fais examiner. Tout le personnel est zen, le travail n'avance pas vite… ou plutôt, il n'avance pas du tout. Je n'ai pratiquement aucune contraction, je vais très bien, à part que je dégouline sans arrêt. La nuit avance, tout est calme, le col ne bouge pas.
4h du matin… aïe, les contractions commencent. Je les note sur mon téléphone portable (on m'avait retiré le monitoring pour dormir tranquillement), elles sont régulières toutes les 4 ou 5 minutes. Je gère assez la situation pour le moment, je laisse mon homme dormir à coté de moi, je n'appelle personne car je peux encore tenir le coup.
5h30 du matin toujours des contractions, là je gère moins bien. Je mords l'oreiller, mais je me dis qu'au moins avec cela, le col a du s'ouvrir. La sage femme arrive, m'examine. QUOI ???? Mon col n'a pas bougé !! Toujours 2 cm !!! On est au petit matin du dimanche 1er août, et toute cette nuit de galère et de douleur n'a servi à rien ! J'y crois pas !!!
Sur le coup de 10h30, sur ma propre demande, le gynécologue de garde vient me voir. Je lui demande d'accélérer le travail. Il accepte, on décide donc de m'emmener en salle de travail pour me mettre sous péridurale et mettre une poche dans ma perfusion pour provoquer des contractions. J'ai mal…
Vers midi, l'anesthésiste (adorable) vient me poser la péridurale. Il plaisante, me mets à l'aise, il est trop fort. Il injecte… doucement… tout doucement… wahhhhhhhhhh ça fait déjà effet !!! Quelques secondes ou quelques minutes passent (je perds la notion du temps) et ça y est, je suis totalement insensibilisée… wah, j'ai envie de le demander en mariage !!! Non non, je reprend mes esprits voyons !!
L'après midi passe, difficilement, la fatigue et l'énervement me gagnent. On m'ausculte sans arrêt rien ne bouge, on m'injecte toutes sortes de produits aux effets indésirables censés ramollir le col… INNEFFICACES ! On triple les doses de produits pour les contractions, ça marche niveau contractions (je précise que la péridurale ne fait plus effet du coté gauche !!) mais ça ne marche pas pour dilater le col. J'en peux plus !!
17h15, on me change de position. Assise, presque accroupie même, les bras appuyés sur une barre. Je sens bien que cette position fait appuyer ma puce sur le col, mais va-t-elle être efficace ?! On me dit que si ça ne marche pas, on m'emmène en césarienne. Sur le coup je réagis pas, je m'en fiche même, la seule chose que je demande c'est qu'on abrège mes souffrances !!!
18h, col à peine ouvert à 3 cm… ça a bougé d'1 cm en 20h de travail !! C'est décidé, l'obstétricien prend la décision de me faire une césarienne, car mon bébé commence à souffrir de tout ce remue ménage.
On me prépare : pose de sonde urinaire, déshabillage, blouse en papier, brancard. On emmène le papa se préparer pour le bloc (chaussons, pantalon vert, blouse verte, chapeau, masque…). Me voilà au bloc, on m'attache les bras (pas parce que je suis hystérique, parce que le moindre mouvement ou sursaut de ma part pourrait être gênant pendant l'intervention), un bras relié au tensiomètre, l'autre perfusé. J'ai froid, cette pièce est gelée... je tremble, je commence à avoir peur. Mon homme arrive habillé exactement comme l'obstétricien (qui lui a très gentiment prêté une de ses tenues car normalement ils n'accueillent pas les papas au bloc, donc ils n'avaient pas de tenue pour lui), ce qui a provoqué en moi un petit fou rire, vite contrôlé par le retour de la peur lorsque j'ai entendu « Je voudrais un scalpel lame numéro je ne sais plus combien ». Oula ! Grosse panique !! C'est que je suis sous péridurale (une césarienne se fait en majorité sous rachianesthésie), donc je sens mes jambes. Je le signale à l'anesthésiste, je panique, je veux pas sentir quoi que ce soit, je veux pas avoir mal. Il rit et me rassure en me disant que je vais avoir des sensations mais aucune douleur ! Ouai il est marrant lui, on voit bien qu'il est pas à ma place. Devant mon angoisse, il me montre sa seringue relié à mon cathéter de péridurale dans mon dos et il me dit « si ça va pas, faut me le dire, j'injecte encore plus ». Décidemment, de plus en plus rassurant !!!
Bon c'est parti, ils ouvrent… je sens qu'on me tripote par ci par là… bizarre comme sensation, c'est lointain… ouille, une petite douleur. Monsieur l'anesthésiste réagit au quart de tour à ma demande, il injecte. Jusque là, ça va… Ca parait long.
Les minutes passent, je sens toujours plein de choses désagréables remuer et tirer à l'intérieur de moi, ça parait une éternité. Je ne sais plus si j'arrivais à penser à quoi que ce soit, ces instants là sont flous tellement tout se bousculait. Aïe ça tire très fort dans le haut du ventre !! Tout à coup, l'anesthésiste me dit en regardant au dessus du drap « dans peu de temps, je vais appuyer très fort sur votre ventre pour aider à sortir votre bébé ». Ok, no soucy, jusque là j'ai géré, alors allez y…
Et tout d'un coup il me grimpe sur le ventre, et il appuie, il appuie, plus fort. Aïe j'ai très mal, ma tête tourne, j'ai peur, qu'est ce qu'ils font, et mon bébé ??
Et là, j'entend des bruits bizarres, puis un cri perçant, intense. Ca y est, c'est elle ! L'obstétricien dit « oh mais elle est pas si petite que ça ! » (ils avaient estimé un tout petit bébé à la vue de mon ventre… erreur !) On me confirme derrière le drap que c'est bien une petite fille (bah heureusement j'ai tout acheté rose moi). Une voix derrière le drap dit « Dix neuf heures pile ». Je suis encore sous le coup de la douleur de la délivrance, étourdie. On me la montre. Elle est petite, toute blanche, je ne me souviens plus très bien… « Faites lui un petit bisou » me dit la sage femme. Je m'exécute et l'embrasse sur la main, c'est la seule chose qui est à ma hauteur car je précise que je suis toujours attachée et l'intervention n'est pas finie pour moi. On emmène le bébé et le papa, et me voilà seule avec l'équipe médicale. Je me sens vide, j'ai peur de respirer tout à coup. Je voudrais revoir mon bébé, c'est long de tout recoudre !
L'anesthésiste fait quelques allers-retours entre le bloc et la pièce où on s'occupe de ma fille avec le papa. Il m'annonce le poids : 3kg110. Wah, plutôt pas mal pour un petit ventre et à 37 SA !! Je demande la taille, il ne sait pas. C'est long. Je demande dans combien de temps cela sera fini (je meurs de froid en plus). On me répond dans 10-15 minutes. Pff encore tout ce temps !! Je veux la voir moi !
Enfin ça se termine, on m'emmène dans une espèce de salle de réveil, Alex arrive aussitôt avec Léane. Je lui demande combien elle mesure, je parie sur 49 cm et lui me dit que j'y étais presque car elle mesure en réalité 50 cm. Elle est belle, elle est encore pleine de vernix dans les cheveux, dans les plis, mais je la trouve quand même belle. On me la pose sur la poitrine, c'est un moment magique, je profite ! Je l'admire, je ne la quitte plus du regard. Le papa nous dévore des yeux pleins d'émotions, je crois que lui aussi est tombé amoureux de sa fille… non j'en suis même certaine, ça saute aux yeux !! C'est l'heure du premier biberon, c'est papa qui s'en charge maladroitement, maman en est incapable avec l'anesthésie. On me surveille le pansement, la tension, le rythme cardiaque… c'est long, je voudrais me retrouver dans ma chambre.
21h15, on nous emmène dans notre chambre. C'est parti pour une semaine de séjour fort en douleur, joie, panique, émotions, larmes… bref je suis passée par tous les états. Mais ça vaut tellement le coup !
Résumons : Ma petite puce Léane a vu le jour le 1er août 2004 à 19h. Une adorable petite fille de 3kg110 et 50 cm pour 37 SA et 2 jours.
Dernière photo du ventre à la maternité
Le matin du 1er Août, monitoring.
Les contractions sont assez espacées mais intenses.
Salle de travail, attente de péridurale.
Essai de changement de position avant de partir en césarienne.